LA PREMIÈRE FOIS
Assis devant mon café noir qui avait pâli à l'ajout de deux "crèmettes", je fixais longuement les pages de la section économique du journal de Montréal (ou était-ce la page centrale du Playboy de novembre 2006) et je me disais: “pauvre jolie fille; elle est tellement pauvre qu'elle n'a pas assez d'argent pour s'acheter une robe! Et à bien y regarder, même pas une paire de bas!!!"
Devant l'étalement sans aucune retenue d'une telle misère humaine, je réfléchissais à l'offre que m'avait faite Serge Loriaux un mois auparavant: "Voudrais-tu écrire une chronique hebdomadaire à l'intention des lecteurs de mon site internet?." Sous le coup de l'émotion ou de la surprise ou des deux, j’ai dis: “peut-être bin qu'oui p't'ête bin que non". Serge ne pouvait le voir ni même le sentir, mais, à l'intérieur de ma boîte crânienne, se déroulait une bataille plus épique qu'un match des séries de la coupe Stanley Canadiens-Nordiques! Tout un match!
Tout un match ou s'affrontaient, s’entremêlaient, s’entrechoquaient les mots, les idées, les phrases, les MAJUSCULES, la longueur des textes, la censure, la couleur de l'encre, la paie et l’heure de tombée et j'en passe. J'vous assure que mes trois neurones "faisaient de "l'overtime"!!!
Alors, je me suis rappelé les sages paroles de mon grand-père Jos Charbonneau qui m'a répété maintes et maintes fois (vu que j'étais plutôt assez rapide sur la gâchette): "Attend toujours d'avoir fini de pisser avant de la secouer"
Là, j'ai dis à Serge:"Donne-moi un mois et je te répondrai par la bouche de mes crayons." Bon prince, le bon prince Serge accepta. Grand bien m'y fasse. (Je ne sais pas ce que cette phrase-là fait là, mais en tout cas)
Je me retrouvai chez moi devant l’écran noir de mes nuits blanches (non, ça s'est du Nougaro) devant l’écran noir de ma création imaginative et parfois dérapante J 'ai longuement tergiversé, songé, hésité, louvoyé et même tournoyé pour enfin arriver à la conclusion évidente: va t'en au casse-croute" Chez Cécile" au plus sacrant car tu vas encore être en retard à ton rendez-vous avec le bon prince.
Je suis arrivé avant Serge au rendez-vous à 2h03 pile. Juste à temps pour voir les derniers dineurs avaler la dernière bouchée de leur Jello à la lime inclus dans le numéro 3 du menu avec la crème de céleri.
Là j'ai dis à Cécile en prenant siège :"Juste un café noir" car j'avais remarqué le petit panier en osier débordant de "crèmettes" au centre de table. Dehors, il faisait un temps de chien battu et il ventait à écorner les polices. Légèrement décoiffé, Serge entra « Chez " Cécile » quelques minutes plus tard:" Juste un café avec une crème mademoiselle", n'ayant point remarqué le petit panier d'osier débordant de "crèmettes" au centre de la table car son regard était fixé sur mes joues rouges, très rouges.
En fait, j'étais plus bouleversé que rouge. Je me sentais comme une jeune vierge avant de dire "OUI" pour la première fois. Remarquez que les vieilles vierges sont plus rares de nos jours. Prenant mon courage à deux mains, même si je tenais mon café de l'autre, (j'ai de la misère à me suivre quand je suis énervé,) j'ai annoncé au bon prince Serge:
"OUI, JE LE VEUX !!!
Votre gentil chroniqueur qui vous souhaite de joyeuses fêtes.
La semaine prochaine, je vous raconterai l'histoire (la triste histoire) du "pauvre Sénateur".
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